LVDT : aragorn

mezerhian - abandonner

Titre: Abandonner
Fandom : Mézérhían
Personnage : Maeron - Aodhaàn
Rating : G
Disclaimer : Tout à moi ^^
Nombre de mots : 2499 mots

Maeron n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir que quelqu'un venait d'entrer dans les écuries. Il lui suffisait de tendre l'oreille sans compter le fait que contre lui la jument s'était tendue. Il ouvrit finalement les yeux et leva la tête pour apercevoir Aodhaàn qui se tenait devant la porte arrachée de la stalle de la jument. Après s’être écoulé et avoir déversé sa peine sur la robe grise de l'animal, c'était dans la stalle qu'ils s'étaient réfugiés. Il s'était adossé dans le coin du box, le dos contre la pierre glaciale avant que la jument ne vienne se coucher à ses cotés. Elle avait fini allongée de tout son long dans la paille, sa tête reposant sur ses genoux alors qu'il la caressait inlassablement. S'il n'avait pas été dans un état émotionnel aussi chaotique il se serait ébahi devant les réactions de l'animal. Elle n'avait pas agis comme le faisait d'ordinaire un équidé, son comportement rappelant plus celui d'un canidé, comme Rashkaàn.

Je pensais bien te trouver là.

La voix d’Aodhaàn était sèche et Maeron le dévisagea un instant. Sa pâleur faisait peur à voir mais il se doutait que son propre visage devait être bien plus effrayant. 

Je ne veux voir personne, dit il d’une voix dure alors qu'à ses côté la jument se relevait.

Et ce n’était pas un mensonge. Il désirait plus que tout rester seul. Sa peine et sa douleur étaient loin d’avoir disparue et sa colère et sa honte était sous-jacente. Si pour l’instant il était épuisé il les sentait couver au plus profond de lui, prêt à s'exprimer à nouveau.

Ce n’était pas une question !

Le ton ferme du Chevalier le pris au dépourvu et il serra les mâchoires. Il n’avait aucunement envie de subir l’un des interrogatoire si propre à Aodhaàn. Il n’était pas en état, il avait besoin de temps pour se remettre, s'il s'en remettait un jour.

La jument avait dû deviner ses intentions car elle se plaça entre lui et le Chevalier. Campée sur ses quatre membres elle faisait face à Aodhaàn et ses yeux implacables ne le lâchaient pas. Le Chevalier fit un pas et la jument plaqua ses oreilles en arrière en frappant le sol de son postérieur, à quelques pouces de Maeron. 

Ne t’approche pas ! le prévint ce dernier qui avait su lire les signes. 
Il faut qu’on parle ! insista Aodhaàn en faisant un nouveau pas en avant. 

La réaction fut immédiate alors que Maeron sentit une bouffée de colère l’envahir. La jument tendit l’encolure et sa puissante mâchoire se referma à un pouce de l’épaule du Chevalier qui avait fait un saut en arrière. Maeron dévisagea l’animal. Il lui avait semblé voir un éclair blanc briller au niveau de ses mâchoires alors qu’elle secouait la tête avec vigueur pour tenir le Chevalier à distance. Sa robe d’un gris fer parsemé de pommelures plus pâle semblait vibrer devant ses yeux, rendant sa couleur plus spécifique encore, comme si une force invisible émanait de l’animal. 

Ordonne à ta bête de se calmer ! lui intima Aodhaàn visiblement stupéfait par l’attaque subite de l’hybride.

Maeron se releva lentement alors qu’au fond de lui sa colère s’intensifiait. Elle l’avait submergé en un instant et il n’arrivait pas à comprendre la rapidité avec laquelle il s’était sentit envahi. 

Non ! refusa-t-il en posant une main sur la croupe de l’animal qui foyait violemment de la queue.  Je.. j’ai besoin d’un peu de temps

Il en voulait à Aodhaàn d’être venu le trouver. Il savait qu’elle importance avait Tea à ses yeux et il se sentait trahis que son ami ne lui laisse pas quelques minutes de répit. 

Nous n’en avons pas, répliqua le Chevalier en faisant mine d’avancer avant de se raviser sous le regard haineux de la jument. Nous devons agir !

Maeron se mit à ricaner alors qu’il enfonçait plus profondément ses doigts dans le poils épais du cheval. 

Agir… je ne vois pas de quoi tu parles. Nous avons rempli notre mission.

Ils avaient trouvé Canthaïr Rhian. Ils l’avaient libéré et leur mission s’arrêtait là. Dans un monde idéal ils l’auraient ramené auprès d’Aelred Mézérhian mais le destin en avait décidé autrement. Il leur avait prit leur repères et son principal point d’ancrage. 

D’autres tâches nous attendent, lui assura Aodhaàn en croisant ses bras musculeux sur sa poitrine.

Ce geste attira le regard de Maeron sur sa broigne de cuir noire. L’eiwoarn doré de la famille royale semblait briller plus intensément. La tête de l’animal fière et busquée semblait le regarder avec arrogance comme s’il était immortel. Pourtant c'était faux, la lignée s’était éteinte, disparue à jamais. 

Tu as raison, souffla Maeron en arrachant son regard de la broigne du Chevalier.  Nos chemins s’arrêtent ici.

Aodhaàn fit un nouveau pas en avant mais fut arrêté par Essyrà qui se déplaça de quelques pouces en remontant ses babines.

C’est hors de question !  protesta-t-il en lançant un regard noir à l’animal. Tu ne finiras pas comme un lâche. 

Maeron dont le regard s’était égaré sur la face de l’hybride ne répondit pas. Les babines se retroussaient lentement et il en vit dépasser brièvement deux pointes acérées alors que sous sa main la jument tremblait de fureur. 

Je lis en toi Maeron, souffla Aodhaàn avec plus de douceur alors que le chasseur restait stupéfait devant l’espèce de ronronnement qui semblait provenir de la jument.  Tu es dévasté mais il te faut aller de l’avant. 

Les paroles du Chevalier lui tirèrent un nouveau ricanement amer. Comment pouvait il aller de l’avant alors que le seul avenir qu’il s’était imaginé avait disparu ? Bien qu’il aie prit la décision de ne pas revoir Tea il ne pouvait s’imaginer un monde où elle n’était plus.

Aller de l’avant …, répéta-t-il avec aigreur comme pour intégrer ces paroles improbables.
Nous avons trouvez le Seigneur Rhian mais aussi plus de soldats que nous n’aurions pu l’imaginer, lui fit remarquer Aodhaàn. Nous..

Maeron se porta soudainement en avant, sa main longeant les flanc de la jument pour se poser sur son épaule

Et tu va faire quoi de tout ces soldats? demanda il avec agressivité.  Les ramener à ton Roi? 

Il savait que ces paroles étaient mesquines et il vit Aodhaàn les encaisser durement. Son regard se ferma et ses poings se serrèrent alors qu’il laissait retomber ses bras le long de son corps. Un instant Maeron ressentit une pointe de remord mais sa colère, alimentée par quelque chose qu’il ne comprenait pas prenait le dessus. 

Ton Roi est mort ! gronda -t-il avec force.  La famille royale est éteinte et le Royaume n'a plus de raison d’être. 

Il sentait sa cage thoracique se soulever rapidement, comme s’il avait couru alors qu’il restait parfaitement immobile devant le regarde de dédain d’Aodhaàn

C’est vraiment ce que tu penses? lui demanda ce dernier avec amertume.

Maeron passa sa main libre dans ses cheveux avec nervosité. 

Que veux tu que je pense d’autre ? demanda-t-il sans vraiment attendre de réponse de sa part.  Tu vas faire quoi ? Prendre la tête de l’armée ? Une armée composée de seulement quatre vingt dix hommes !  Combattre les Estiens? Et quoi? Déterrer le Roi et sa fille ?

Chaque mots prononcés lui brûlaient la gorge et emplissaient son cœur de douleur. Entendre la mort de Tea était une chose, avouer que c'était vrai une autre bien plus difficile. Ces mots ancraient ce fait dans la réalité, un fait qu’il ne digérait et n’assumait pas. 

Devant lui le regard d’Aodhaàn se fit plus compatissant et sur les trait du guerrier s'inscrivit une grande tristesse qui fit frissonner Maeron. 

J'imagine les pertes que tu as subi, dit il avec plus de douceur.  Je suis bien conscient que tu souffre mais il faut …

Maeron tiqua 

Les pertes ? 

Aodhaàn passa une main sur son visage avant de la laisser retomber. 

Ton père, la Princesse, ... dit il lentement. Ton univers s‘est écroulé en une seule journée.

La colère s’empara à nouveau de Maeron et il s’accrocha avec plus de force à Essyrà. Son ami n’avait-il donc rien compris. Était il capable à ce point de se voiler la face, de refuser de voir la réalité ? 

Je me contrefiche de la mort de mon père !  cracha-t-il avec hargne. Et tu te fourres le doigt dans l’œil quant à tes projets d’avenir. Mezerhian est mort, Manahaxar a gagné ! 

Il n’y avait pas d’autres solutions. En s’alliant aux Estien Manahaxar avait trouvé là une force importante et il aurait été très difficile de lui tenir tête. Mais il avait été encore plus malin, il avait affaibli le Royaume de l’intérieur. En s’alliant au Cyriatàn il avait introduit un loup dans la bergerie et l’avait laisser porter le coup de grâce pour mettre à terre le Royaume de Mezerhian. 

Alors quoi ? s’exclama soudain Aodhaàn en frappant violemment du plat de la main le montant de la porte de la stalle. On le laisse conquérir nos terres ? On laisse les Estiens massacrer les villages, piller nos biens et prendre possession de ce qui nous appartient ?  Mon serment n’allait pas seulement à la famille royale mais au Royaume tout entier, j’ai juré de le défendre et de donner ma vie pour le protéger

Maeron laissa éclater un rire noir. Protéger un Royaume déjà mort était une utopie, un rêve d’idiot. 

Alors vas te faire tuer ! déclara -t-il. Cela sera sans moi

Sur ces mots il fit volte face refusant de regarder une seconde de plus un homme qui allait de toute manière mourir. 

Et que vas tu faire? cracha alors Aodhaàn dans son dos. Te tuer pour la rejoindre ?

Maeron se figea, fixant le fond du boxe d’un air morne. Il ne se serait pas douté un instant qu’Aodhaàn puisse deviner si rapidement ses intentions. Car il avait beau lui mentir en lui assurant qu’il comptait trouver un endroit tranquille pour finir ses jours il ne l’avait pas cru. L’idée du suicide lui avait effleuré l’esprit alors qu’il se laissait aller à sa peine dans cet environnement clos et il lui avait semblé au fil des heures de plus en plus tentant. Tea avait été sa raison de vivre. Après la mort de sa mère et sa fuite dans la foret de Dunvel il s’était contenté de survivre, essayant de construire quelques chose et de se remettre des traumatismes de son enfance mais c’était Tea qui lui avait ouvert les yeux. En la rencontrant il avait changé. Elle avait mis de la couleur dans son monde en noir et blanc, elle lui avait fait ressentir des émotions qu’il ne pensait même pas posséder, elle lui avait permis de réfléchir à des sujets  dont il ne se serait jamais préoccupé auparavant. Elle était son but dans la vie et elle n’était plus. Il savait que les Laarkï prônaient un monde après la mort. Un endroit ou les défunts se retrouvaient, si c’était le cas il voulait la rejoindre. 

C’est bien cela, grommela Aodhaàn mortifié.  Tu vas mettre fin à tes jours. 
Ca ne te regarde pas ! souffla Maeron en se retournant néanmoins. 
Bien sur que si ! gronda le Chevalier en frappant à nouveau la porte du boxe faute de pouvoir avancer.  Tu m’as sauvé la vie! J’ai fais de toi mon premier lieutenant ! Et je l’ai fait car tu m’as assuré être un  homme d’honneur! Je te croyais loyal envers le Royaume. Tu as prêté serment !
ELLE EST MORTE ! 

Maeron avait hurlé ces mots en s’avançant pour faire face à Aodhaàn. Crier cette réalité lui était tellement douloureux qu’il cru un instant qu’il allait s’effondrer mais il sentit une présence derrière lui alors qu' Essyrà posait son front dans son dos, à l’endroit exact où se trouvait sa cicatrice. 

ET TU CROIS QUE JE N’EN SOUFFRE PAS ! gronda à son tour le Chevalier en l’attrapant par les épaules pour le repousser avec force. J’aurais du être à ses cotés pour la protéger !  J’ai plié le genoux à ses pieds de la même manière que toi. Nous sommes des chevaliers, nous avons prêté serment sur nos vie alors tu as raison si tu n’es pas prêt à honorer ce serment, tues toi !

Les mots prononcés par Aodhaàn eurent l’effet d’une gifle sur Maeron. Dans sa douleur il avait oublié à quel point Aodhaàn se sentait lié à Tea. Le Chevalier avait perdu sa Princesse, son Roi et le Royaume auquel il avait voué sa vie. Dans sa douleur il s’était montré égoïste. Il voulait en finir mais agir ainsi c’était agir comme un lâche, c’était trahir le serment qu’il avait fait à Tea. Il se revoyait encore plier le genoux devant elle alors qu’elle venait de lui offrir cette somptueuse broigne de cuir. Il lui avait dédié sa vie et il voulait la jeter aux orties sous prétexte qu’elle n’était plus là pour le voir. Une chose était cependant fausse dans les propos du soldat

Je ne suis pas Chevalier, le contredit il en laissant ses larmes couler sur ses joues.

Peu lui importait de montrer sa faiblesse devant Aodhaàn, se dernier avait plus que conscience de l’état dans lequel il se trouvait. 

Seulement parce qu’elle ne savait pas qu’elle était en mesure de t’adouber! lui assura-t-il. Si elle en avait eu conscience plus tôt elle l’aurait fait. Elle avait prit la décision avant même d’en avoir le pouvoir. Je n’étais pas le premier, c’était toi ! 

Maeron déglutit difficilement alors qu’un petit rire lui échappait. Il avait raison. Si elle l’avait su Tea aurait bravé tout les interdits. Elle lui avait toujours soutenu qu’il y avait une place au château pour lui et c’était la peur de se confronter à son père qui l’avait retenu. Néanmoins il ne voyait pas de solution. Le Royaume n’était plus et même s’il décidait de continuer à vivre quelles directions prendraient-ils? 

Nous n’avons aucune chance, grommela-t-il

Cette fois la main que posa Aodhaàn sur son épaule se fit réconfortante. 

Peut être, avoua-t-il en hochant tristement la tête. Personne ne peux le savoir mais si nous n’essayons pas nous ne sommes pas dignes d’elle.

“ digne d’elle”. les mots résonnèrent aux oreilles de Maeron alors que son cœur continuait de saigner inlassablement. Il n’avait jamais été digne d’elle et pourtant les dieux l’avait laissé posé son regard sur elle, ils avaient laissé leurs sentiments éclore avant de la lui ravir. Peut être était il venu le moment d’en être digne. 

Aodhaàn le lâcha et se tourna vers la sortie sans lui accorder d’autre regard 

Remets toi sur tes pieds ! lui ordonna-t-il.  Et si tu en as la force va prêter main forte aux autres pour soigner les blessés, tu es le plus apte à le faire.